Une sequel pas comme les autres
31 BD, 7 dessins animés et donc second film. Astérix est LE héros
international et franchouillard par excellence. Astérix et Cléopâtre - dont ce
film s'inspire - est le 6ème album de la série, et se veut une parodie du film
hollywoodien Cléopâtre (avec Liz Taylor). On reverra Cléopâtre dans Le Fils
d'Astérix. Cette BD, l'une des meilleurs, a donné droit à un dessin animé
Astérix et Cléopâtre, en 1968. 3 ans après le triomphe mondial du premier
film, il était évident que le producteur Claude Berri allait mettre les bouchées
double. Certes, le premier opus a triomphé à peu près partout (hormis le Japon
et le Royaume Uni), en récoltant 100 millions de $, et occupant la pôle position
dans des pays comme l'Allemagne, l'Italie et bien sûr la France (9 millions
d'entrées). Il n'est pourtant pas sorti aux USA ! Mais ce succès était
explicable : d'abord la comédie, lourdement réalisée par Claude Zidi, comportait
quelques effets spéciaux, et se voulait fidèle à la BD mondialement populaire ;
ensuite la présence de Depardieu, Casta, Benigni (tout juste sorti de sa Vita è
bella) et le germanique Gottfried John (en César) etaient des garants d'un accès
au public de ces marchés. Les chances de réussites au BO sont donc différentes
ce coup-ci. D'abord le coût est titanesque : 50 millions d'euros ! Un record
pour un film français. Mais les producteurs parient sur un succès à la Taxi II.
Moins international, mais davantage français. On peut même supposer que le film
fera un meilleur score que le premier. Car, exceptés Bellucci et Depardieu, tous
les acteurs sont inconnus à l'extérieur des frontières du cinéma français.
Chabat a une petite notoriété grâce au Goût des autres. Mais en engageant des
stars de la TV, le film dépend avant tout de son marché intérieur. Pourtant,
il a bien quelques atouts. Miramax en voyant quelques extraits a acquis les
droits US de cette comédie pas comme les autres. Du coup, alors que Lions Gate
n'avait sorti le film qu'au Canada, Miramax a aussi acheté le premier film pour
une sortie vidéo et sur la télé câblée. Ni Piéplu, ni Adjani mais une grosse
fourmi L'ambitieuse production a duré de nombreux mois, entre la France (à
Epinay, pas très glamour, pour les intérieurs, la Bretagne), Malte (notamment
les scènes aquatiques) et le Maroc (avant que Spy Game ne débarque), dans les
environs de Ouarzazate. 14 semaines en plein désert, par grosse chaleur. Le
casting contribuera beaucoup au succès : de bons comédiens (Chabat, Darmon,
Depardieu), de belles filles ultra sexy (Bellucci, Lenoir, Lauby... euh Lauby,
vraiment ? Nanti alors ?...), et des comiques ciblés (Baer pour les intellos,
Clavier pour les beaufs, Jamel pour les djeunz, Dieudonné pour les autresŠ).
Jamel et Isabelle Nanti sortent du triomphe d'Amélie Poulain, Depardieu des
cartons TV successifs et du Placard, Chabat de sa nomination aux Césars (c'est
une manie chez lui) pour le hit le Goût des autres, Bellucci pour son Pacte des
Loups... Bellucci qui a remplacé Adjani, selon les premières rumeurs. La même
Adjani qui voulait chiper le rôle de Marceau à BelphégorŠ Cruel milieu. Pour
Chabat, c'est sa seconde réalisation, après le très bon Didier, et 2.9 millions
de spectateurs qui firent ouah ouah en c¦ur. Il fallait assumer le plus gros
budget du moment, quelques effets spéciaux, des centaines de figurants et
d'ouvriers sur le plateau, les plannings complexes des stars, les tempêtes du
désert, les 9 costumes de Cléopâtre (autant que de scènes). Dans son idée,
Chabat souhaitait être artistiquement fidèle à Uderzo : des costumes aux effets
spéciaux. Il a fait appel pour les effets numériques à Duboi et aux Versaillais
(Amélie Poulain). Om fallait aussitôt dompter divers animaux : de faux
crocodiles mais un vrai tigre, un vrai agneau, un âne (Cannabis, de son vrai nom
Marijuana), 23 dromadaires, 17 grenouilles, 12 sangliers, 41 chevaux, 19 chats,
et Idéfix. Bref au total une aventure avec 1220 contemporains, 4 jours de "
desert storm ", 126 jours de tournage (pour 144 kilomètres de pellicule, soit la
distance approximative entre Paris et Rouen par la route), 7500 effets sonores,
120 musicos, 70 plans 3D, 265 plans truqués, 1500 colombes, et 760 000 euros
pour avoir Jamel. Chabat a choisi cet album parce qu'il voulait voyager, il
souhaitait des pirates, il cherchait une aventure pour inclure Jamel. Au départ
il pensait mélanger Astérix Gladiateur et celui avec Cléopâtre. Mais le mix ne
fonctionnait pas à l'écriture. Il éliminera aussi la présence des villageois, et
remplacera Claude Piéplu par Claude Rich dans le rôle du druide. Cynique, il
fera de Claude Berri, le producteur du film, et grand amateur d'art
contemporain, le peintre de Cléopâtre, qui déteste l'art moderne ! Au final,
le film sort un bon mois après les mastodontes de la Warner (Lord of the rings,
Harry Potter), appuyé par un marketing éléphantesque. Juste avant les vacances
de février. De quoi remplir les 950 salles (une record !) françaises où il sera
présent dès sa sortie. Sa mission : battre des records.
|